Le système concentrationnaire nazi ne cesse d’interroger. Il reste difficilement compréhensible. Aucune entreprise de destruction de l’homme n’a été poussée à ce niveau de développement. Pourtant au cœur de l’enfer des hommes, l’humanité a résisté.
Paroles de déportés, nous fait toucher de cœur cette souffrance. La poésie reste le lien où se fondent et se fortifient les sentiments tragiques de l’existence et de notre humanité.
La grande difficulté pour l’artiste est d’éviter le morbide, l’obscène et le voyeurisme. Malgré cette ambiguïté, il y a nécessité. D’ailleurs, dans les camps, des déportés ont écrit et peint. Ils sont restés des hommes. La poésie, l’écriture sont devenus actes de Résistance autant que moyen de survivre. Cette pièce est une puissante force de vie qui suppose distance et méditation, recueillement et questionnement. La poésie célèbre la vie et fonde l’humanité. Il maintient aussi la Mémoire vivante. Il constitue le lien entre l’Histoire et la Mémoire.
William Faulkner a dit un jour que « le passé n’est jamais mort et qu’il n’est même pas passé ». Il apparaît souvent qu’il se rappelle à nous, toujours là où on ne l’attend pas. Puis viennent les interrogations et les propos rassurant : a qui la faute ? Pourquoi ? Pire encore les « je ne pensais pas ! » « Je ne croyais pas ! » et le terrible « on ne savait pas ! » Aussi, le rôle de l’AFMD est de rappeler ce message de Primo Lévi : « C’est arrivé, cela peut donc encore arriver de nouveau : tel est l’essentiel de ce que nous avons à dire ».
Christian Lambart Président de la délégation auboise de l’AFMD. http://www.afmd.asso.fr
Faire entendre ces « Paroles de déportés » m’apparaît comme une nécessaire tentative de réponse à plusieurs interrogations qui me traversent. Face à l’évènement historique que constitue la déportation, à cette destruction massive de l’homme par l’homme, je ne peux m’empêcher de me demander « Pourquoi ? Comment est ce possible ? ». En absence de réponse satisfaisante, je me suis intéressé à ce que ces hommes et ces femmes déportés ont su faire émerger de telles circonstances. L’engagement sans faille de certains d’entre eux, leur résistance physique, mentale, intérieure me touche profondément ; que de force et de courage pour refuser toujours l’inacceptable ! La découverte de leurs poèmes m’a séduit par ce qu’elle prouve de notre capacité à nous, individus, à être toujours maîtres de nos vies, à rêver, à s’évader. Faire entendre ces paroles c’est aussi pour moi inviter le spectateur à reconsidérer ces « victimes, déportés, disparus, morts » noyés sous un flot de chiffres et de termes génériques. Il s’agit de redonner vie à des fragments individuels : le temps du poème, une personne s’exprime, qu’il est important d’écouter. Je souhaite que chaque membre du public se trouve confronté à cette série d’individus, porteurs chacun à leur manière de richesses vives, de paroles fortifiantes. A l’heure où les derniers témoins vivants des camps de concentration disparaissent, il me semble primordial de se faire le relais de leur mémoire, sensiblement et pas seulement scientifiquement. Faire entendre ces paroles c’est aussi tenter de concerner chaque spectateur, jeune et moins jeune, afin qu’à son tour, il puisse ne pas oublier. La poésie ici est encore l’occasion de respirer un air nouveau, pur et apaisé. Au-delà des images sombres amenées dans ces vers, entendons y ensemble un grand espoir.
Laurent Cyr http://www.claccompagnie.com




