Poème composé au Kommando d’Hersbruck


Un poème venu du Revier d’Hersbruck

En octobre 2017, Jimmy TUAL (AFMD22) a rencontré Jean-Christian PETTRÉ à Plestan, fils et petit-fils de déportés. Son grand-père Henri CLÉMENT est membre du Réseau Pat O’Leary et arrêté à Pontivy. Il est déporté à Auschwitz, Buchenwald puis Flossenbürg. Il est affecté au Kommando d’Hersbruck. Malade, il entre au Revier où compose ce poème pour son camarade Joseph DEYME en date du 2 février 1945 :

"L’obscurité distille un noir linceul
De brume enveloppant la triste horde.
Comme un loup furtif dont la faim déborde,
La mort frappe et fuit ; malheur d’être seul.

Le cri guttural de la sentinelle
Veille le silence et trouble la nuit.
Le poing va serrant le fusil qui luit
Heurter les dos ronds, sombre ritournelle.

Sur le sol glacé sonnent les pas lourds
Des détenus. L’ambulance misère
De gris bleu rayé, ébranle la pierre
Du chemin rural : bruits confus et sourds.

L’aube vient trouer, blafarde la rue.
le hameau qui dort sous les blancs flocons
Laisse deviner les toits des maisons
Pour les loqueteaux, seule bienvenue.

Les survivants s’en vont vers le labeur
Les pieds sanglants dans les galoches froides.
Ils montent ahanants, les membres roides,
Courbés en deux, le chemin du malheur.

Galériens perclus, tirez votre chaîne,
Assistés de Dieu, frères de l’Agneau,
Réels bâtisseurs de l’ordre nouveau,
Martyrs, vous sauvez notre race humaine".

Henri CLÉMENT contracte le typhus. Il décède officiellement le 21 février 1945 mais le décès daterait en fait du 8 mars 1945.

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Mis à jour : dimanche 4 février 2018